Marouane est professeur des écoles titulaire. Après neuf années d’exercice en France, il a fait le choix de l’expatriation. Vietnam du sud, Myanmar, Tunisie, puis Vietnam du nord. Son parcours met en lumière la diversité des situations vécues par les personnels enseignants titulaires non détachés.
Enseigner à l’étranger en recrutement local : témoignage de Marouane*. Son parcours met en lumière la diversité des situations vécues mais aussi les fragilités croissantes du modèle, en particulier pour les personnels recrutés en contrat local.
Partir enseigner à l’étranger : un choix réfléchi
Maourane est professeur des écoles. Il a exercé neuf ans en France avant de décider de partir à l’étranger. Comme beaucoup de collègues, il cherche alors une autre manière d’exercer son métier, dans un cadre différent, avec l’envie de découvrir d’autres cultures éducatives.
Il postule dans plusieurs établissements du réseau. La première réponse arrive du Vietnam, à Ho Chi Minh-Ville, dans une école partenaire. Ce choix a du sens pour lui. Il pratique le Viet Vo Dao depuis de nombreuses années et entretient déjà des liens personnels avec le pays. Il s’y installe pour trois ans et demi, une période décisive de son parcours, tant sur le plan professionnel que personnel.
Vietnam : l’envers du décor des écoles partenaires
Très vite, Marouane découvre une réalité difficile. Les conditions de travail sont dégradées. Les salaires sont bas, les contrats peu respectés et le climat managérial délétère. Le propriétaire de l’établissement, issu du monde commercial, n’a aucune culture éducative et considère les personnels enseignants comme des privilégiés toujours en vacances.
La situation administrative est particulièrement préoccupante. Les titres de séjour ne sont pas reconnus par les autorités locales. Les personnels enseignants doivent éviter tout contrôle de police, tandis que la rumeur fait état d’une gestion financière trouble. L’insécurité juridique est permanente.
Le turn-over est important. Des collègues partent du jour au lendemain. La direction recrute volontairement de jeunes enseignant·es sans expérience, moins coûteux, et met en place un contrôle et une surveillance du travail. Lorsque Marouane demande une revalorisation salariale après plusieurs années, la réponse est sans appel. Il décide alors de partir.
Des expériences contrastées au Myanmar et en Tunisie
Marouane poursuit son parcours au Myanmar. Cette fois, ce sont les relations professionnelles qui posent problème. La directrice est une ancienne collègue, propulsée à ce poste sans préparation. Le manque de cadre et de formation au management pèse sur le fonctionnement de l’école.
Il rejoint ensuite la Tunisie, pays d’origine de ses parents. Ce retour est motivé par des raisons familiales. Les conditions de travail y sont correctes, mais il se heurte à une mentalité locale qu’il supporte mal. Deux ans plus tard, il fait le choix de repartir.
Le Lycée français de Hanoï : des conditions aujourd’hui plus protectrices
Marouane arrive au Lycée français Alexandre Yersin de Hanoï en 2022, en contrat local. Ce choix est assumé. N’ayant pas d’enfants, il estime que le détachement n’est pas forcément financièrement avantageux pour lui. À Yersin, la rémunération en local est comparable, voire légèrement supérieure à ce que perçoivent les personnels détachés.
L’établissement présente aussi des atouts importants. La Caisse des Français de l’Étranger (CFE) est prise en charge à 60 %, ce qui constitue une vraie protection pour les personnels. Si l’accueil des nouveaux·elles arrivant·es était insuffisant à la sortie de la crise sanitaire, la situation a nettement évolué. Une association d’enseignant·es s’est structurée et assure désormais un accompagnement efficace.
Les conditions de travail se sont améliorées. Accès aux équipements, activités sportives, formations entre collègues : autant d’éléments qui rendent aujourd’hui l’exercice professionnel plus attractif.
Enseigner à l’étranger : le statut local et la retraite, une inquiétude majeure
Malgré ces avancées, les inquiétudes demeurent. Marouane n’a pas cotisé à la retraite pendant plusieurs années. Il sait que sa pension sera faible. Cette situation est loin d’être isolée et concerne de nombreux collègues en contrat local.
La protection sociale et la retraite restent des angles morts du système. Elles dépendent trop souvent du statut de l’établissement et de ses moyens financiers. Pour beaucoup, l’allongement de la carrière ou le cumul d’activités devient la seule perspective.
Moins de détachements : quel avenir pour l’expatriation ?
La baisse continue des postes de détaché·es interroge profondément l’avenir de l’enseignement français à l’étranger. De plus en plus de personnels enseignants sont recrutés en local, ce qui transfère la charge financière sur les établissements.
Deux scénarios se dessinent alors : l’augmentation des frais de scolarité ou la réduction des avantages accordés aux personnels. Dans ces conditions, l’expatriation risque de perdre tout son attrait. Si les situations vécues dans certaines écoles partenaires deviennent la norme, partir n’aura plus de sens que pour une expérience courte, sans engagement durable.
Enseigner à l’étranger : les revendications de la CFDT Éducation monde
À travers ce témoignage, la CFDT Éducation monde réaffirme ses exigences :
- le maintien des postes de personnels enseignants détachés sur contrat de droit français dans l’ensemble du réseau ;
- un encadrement strict et contrôlé des établissements partenaires avec une homologation qui évalue fortement leur gouvernance ;
- des garanties contractuelles et salariales pour les personnels recrutés locaux ;
- une protection sociale et retraite digne pour tous les personnels enseignants à l’étranger ;
- des conditions d’accueil et de travail harmonisées dans les établissements.
L’enseignement français à l’étranger repose sur l’engagement des personnels. Il ne peut se construire sur la précarité.
*Le prénom a été modifié.
Lire l’article sur le Lycée français Alexandre Yersin à Hanoï