Impressions d’arrivée – Sandrine : La Marsa, Tunisie

La CFDT Éducation monde a recueilli le témoignage de Sandrine lors de son arrivée en Tunisie, à La Marsa.

Sandrine, La Marsa, Tunisie

Rigueur ou chaleur ? il faut choisir !

« La Marsa » : le nom fait rêver. Il évoque, sans mentir, une mer bleue sous un ciel bleu, des bâtiments blancs sous des nuages blancs. C’est Baudelaire, « Luxe calme et volupté » à l’écart  de la grande ville. C’est Flaubert, c’est le Mégara de Salammbô

Mais les habitués des postes à l’étranger le savent : arriver pour vivre et travailler, ce n’est pas arriver pour passer des vacances. Les aspirants au départ s’en doutent. Tout le monde devrait le savoir : on ne vit pas dans une carte postale. Alors, il faut s’adapter.

Comme souvent, notre rigueur française est mise à mal. Si on ne s’adapte pas, elle deviendra raideur. La voiture nous l’a bien prouvé.

D’abord, il a fallu la récupérer. Ce qui signifie aller toutes les semaines à la douane pour savoir ce qu’il en est. S’y faire balader de bureau en bureau, chacun fournissant une réponse différente. Mais enfin, nous l’avons récupérée. Il a alors fallu envisager de la conduire…

Une image banale ici mais effarante pour nous : un conducteur fait du slalom entre les voitures, avec sa fillette sur les genoux, le téléphone dans une main et la cigarette dans l’autre. Et le volant dans tout ça ?

De quoi avoir peur en effet. Mais on s’adapte. Ça ne veut pas dire que je conduis à contre cœur et en serrant les dents, ça veut dire que je n’ai plus peur. Et j’ai acquis une nouvelle compétence : je peux conduire partout dans le monde désormais.

 

Les Tunisiens sont un peuple très chaleureux. Alors tant pis pour le manque de rigueur.

Jour 1. Sortie de l’avion. Stress accumulé des semaines de préparation. Fatigue du voyage. Ennui des inévitables douanes et carrousel. Premier aperçu, monotone morne et morose, sur la route de l’aéroport. Arrivés à l’appartement, décevant. Mais, en face de cet appartement décevant, il y a la maison du propriétaire. Et dans cette maison, il y a un propriétaire accueillant : « Entrez, asseyez-vous, je vous sers un jus de fruit … »

7 octobre. L’institut français est tagué « Macron assassin » « Colon un jour, colon toujours »… L’angoisse s’insinue, l’affolement pointe mais les collègues installés depuis longtemps, nous ont rassurés. Ils avaient raison. Tout s’est bien passé et la chaleur ne s’est pas démentie.

Professionnellement, j’ai dû m’adapter à des enfants très gâtés qui ne connaissent pas la frustration. Ils représentent un quart voire un tiers de ma classe de CP. On ne leur dit jamais non à la maison et je passe beaucoup de temps à leur apprendre que moi, je dis non. En fait, eux aussi doivent s’adapter !

Ça agaçait mon mari, au début, ce manque de rigueur. Je lui disais : « On était d’accord pour partir, pour avoir de l’exotisme ; c’est ça l’exotisme ! »

L’exotisme, hors cartes postales et hors littérature.

 

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