La CFDT Éducation monde a siégé vendredi 26 juin 2026 au conseil d'administration de l'AEFE. 14 points à l'ordre du jour, un nouveau directeur général, Alexandre Morois, et des sujets brûlants. Compte rendu des points qui comptent.
Conseil d’administration de l’AEFE : deux poids, deux mesures
Le conseil d’administration de l’AEFE s’est tenu avec deux points majeurs à l’ordre du jour : suspension de la mise en œuvre de la décision du conseil d’administration de décembre pour les établissements partenaires et pour les établissements conventionnés, avenants aux conventions.
Retrouvez notre déclaration liminaire complète ICI.

Accord de partenariat : une prudence à géométrie variable
Le conseil d’administration de l’AEFE a adopté la délibération suspendant la hausse de contribution des établissements partenaires (de 2 à 4 %), décidée en décembre 2025. La CFDT Éducation monde a voté contre.
Non parce que nous refusons la suspension — au contraire. Mais parce que la logique est implacable : si l’on suspend pour les partenaires, on suspend pour les conventionnés. Même réforme, même conseil d’administration de décembre, même logique. La directrice générale de la mondialisation l’a confirmé en séance : il ne s’agit pas d’une annulation, mais d’un décalage dans le temps. L’objectif politique demeure.
Ce deux poids deux mesures est inacceptable. Nous demandons l’application du même principe à tous les établissements : un moratoire immédiat sur la contribution des conventionnés.
Avenants aux conventions : l’échec d’une réforme imposée
50 avenants signés sur 155 établissements au 26 juin. Un seul établissement a officiellement renoncé à la convention (Ottawa, 3 cadres et 27 personnels enseignants détachés concernés). Mais 25 % des conventionnés envisagent déjà le déconventionnement.
L’Agence doit notifier des résiliations conservatoires aux non-signataires. Le directeur général a précisé que ces résiliations n’auront d’effet concret qu’au 1er septembre 2027, et que des webinaires seront organisés pour dialoguer établissement par établissement à l’automne. Il a également évoqué, en cas de déconventionnement, la possibilité de basculer vers un partenariat — avec détachement direct.
La CFDT Éducation monde prend acte du ton apaisé. Mais les mots ne suffisent pas. Menacer de résiliation des établissements qui veulent rester conventionnés reste une méthode inacceptable. Nous demandons le retrait de cette menace.
Budget rectificatif n°1 : ce que les chiffres cachent
La CFDT Éducation monde a voté contre le BR1 (13 votes contre, 18 pour).
Le directeur général a expliqué l’écart de 61 M€ entre les annonces de décembre et les chiffres définitifs : 10 M€ de créance Shanghai remontée plus tôt que prévu, 11 M€ de charges à payer non décaissées, 5 M€ d’affinement des taux de chancellerie, 20 M€ de moindre consommation des EGD. Purement comptable, selon lui. Mais le déficit structurel, lui, demeure : le solde budgétaire du BR1 s’établit à -47,1 M€, avec une tension persistante sur la trésorerie en entrée d’exercice 2027.
Nous avons posé deux questions précises sur les tableaux d’emplois.
AEFE – Conseil d’administration : sur le plafond d’emploi
134 postes de résidents basculent du hors-plafond vers le sous-plafond. La directrice administrative et financière a répondu qu’il s’agit d’un effort de régularisation des contractuels et vacataires, sans lien avec les fermetures de postes de détachés — et que les données les plus récentes (comité social d’administration de la veille, demandes de détachement en cours) n’ont pas pu être intégrées au BR1 : elles seront renvoyées au BR2. Des transferts entre établissements en gestion directe sont prévus en juillet et en septembre. La réponse ne lève pas notre interrogation de fond : quel est l’impact réel de ce basculement sur la prise en charge des personnels ?
AEFE – Conseil d’administration : sur la formation
2,25 M€ d’autorisations d’engagement en moins sur les Instituts régionaux de formation. Aucune garantie n’a été apportée sur le maintien du volume horaire pour les personnels. La directrice administrative et financière a évoqué un hors-schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI) pour éviter une sous-consommation — sans s’engager sur l’essentiel. La formation des agents n’est pas une variable d’ajustement : nous maintenons notre demande de garantie explicite.
Sur l’affaire Cantoni
2,1 M€ pour solder des requalifications de contrats après condamnation. C’est le prix d’un modèle qui croit économiser en précarisant.
Enfin, ce que ce budget passe sous silence : la masse salariale et les emplois gérés par les services centraux. C’est pourtant là que tout se joue. Plus de 200 fermetures de postes dans le réseau, moteur : le coût des pensions civiles. Cette réalité reste hors du document que nous votons. On n’équilibre pas un budget en transférant vers les familles et les établissements ce qui relève de l’État.
Ho Chi-Minh : solidarité avec notre collègue
Sur le protocole transactionnel au Lycée de Ho Chi Minh Ville, la CFDT Éducation monde s’est abstenue (9 abstentions, 22 pour).
Un accord reconnaît la défaillance administrative de l’établissement. Mais une collègue a été licenciée pour faute grave sur la base du même dossier. On ne peut pas reconnaître institutionnellement une défaillance collective et maintenir qu’une seule personne en porte l’entière responsabilité.
La CFDT ne cautionne pas cette lecture
Nous sommes particulièrement intervenus sur ce dossier de défense des personnels.
Ce qui se profile : une réforme structurelle à marche forcée
Le nouveau directeur général a reçu mandat d’expertiser à l’automne les recommandations des rapports Cazebonne et des inspections générales — dépenses, recettes, gouvernance. La directrice générale de la mondialisation l’a dit sans ambiguïté : « le statu quo n’est plus possible » et « il faudra du courage ».
La CFDT Éducation monde entend l’appel au dialogue. Mais le calendrier affiché dit autre chose. L’administration entend mener sa réforme structurelle à l’automne, rendre ses arbitrages avant la fin de l’année — et trancher rapidement. Le moratoire que nous martelons : écarté d’un trait de plume.
C’est pourtant ce tempo imposé qui pose problème. Une réforme légitime se construit avec les personnels, pas avant qu’ils aient pu se prononcer sur leurs représentants.
Et si réforme de l’AEFE il doit y avoir, attendons la réforme de la comptabilisation des charges de pensions civiles, portée par le sénateur Amiel. Le ministre des Comptes publics lui-même travaille sur ce chantier. Sortir les pensions civiles du budget de l’Agence — comme c’est déjà le cas pour les établissements partenaires — c’est s’attaquer à la racine du problème budgétaire, sans faire payer les familles, sans fermer des postes, sans casser le statut des personnels.
Derrière les discours de modernisation, c’est toujours le même modèle qui avance : moins d’État, plus de charges sur les familles, détachement direct, recrutements locaux, affaiblissement des garanties statutaires.