AEFE : une réforme à haut risque pour l’enseignement français à l’étranger

La réforme de l’AEFE se précise alors même que les moyens disparaissent. Derrière des discours de la haute administration se voulant rassurants, la réalité est brutale : contraintes budgétaires accrues, transferts de charges et pilotage à distance.

Réforme de l’AEFE : pour la CFDT Éducation monde, les conditions actuelles font courir un risque majeur à l’enseignement français à l’étranger

Réforme de l’AEFE : une trajectoire dangereuse pour le service public

La réforme de l’AEFE s’est concrétisée lors du conseil d’administration extraordinaire du 18 décembre 2025. À cette occasion, la CFDT Éducation monde a exprimé de fortes inquiétudes. Les choix présentés font peser un risque sérieux sur l’avenir de l’enseignement français à l’étranger et sur les conditions de travail des personnels.

Une réforme de l’AEFE née d’un désengagement budgétaire

La réforme envisagée à l’horizon 2027 trouve son origine dans deux constats connus de longue date. D’une part, l’État n’a toujours pas apporté de solution pérenne au financement des pensions civiles des personnels détachés, dont le poids est devenu insoutenable pour l’AEFE. D’autre part, une nouvelle baisse budgétaire est annoncée dès 2026, fragilisant encore davantage l’opérateur public.

Face à ces difficultés structurelles, l’État aurait pu choisir un réengagement financier clair. Il a préféré engager une réforme organisationnelle rapide, pilotée de manière technocratique. Dans le même temps, le dialogue social reste largement formel. Pour la CFDT Éducation monde, cette méthode conduit l’AEFE dans une impasse.

Une situation financière critique

Les chiffres présentés au conseil d’administration confirment l’ampleur de la crise. En deux ans, la subvention pour charges de service public a diminué de 63 millions d’euros, auxquels s’ajouteront 24 millions de baisse supplémentaires en 2026. Dans le même temps, la charge des pensions civiles atteint près de 195 millions d’euros, soit environ la moitié de la subvention de l’État.

rémunération

La trésorerie de l’Agence s’est fortement dégradée. Fin 2025, elle est passée sous le seuil prudentiel d’un mois de paie. Sans mesures correctrices, un risque de rupture de paiement est désormais évoqué dès 2026. C’est dans ce contexte d’urgence financière que le conseil d’administration a été amené à se prononcer.

Faute de réengagement de l’État, l’AEFE transfère une part croissante de ses charges vers les établissements et les familles. Pour la CFDT, cette logique n’est ni soutenable financièrement ni acceptable socialement. À terme, elle menace la cohérence du réseau et accentue le risque d’un enseignement français à plusieurs vitesses.

Réforme de l’AEFE : des orientations inquiétantes

La réforme est aujourd’hui pilotée par la direction générale de la mondialisation, dans le cadre d’un groupe de travail interministériel. Plusieurs orientations se dessinent clairement.

D’abord, la tutelle envisage de réduire le périmètre d’intervention directe de l’AEFE, en recentrant l’Agence sur des fonctions de pilotage. Ce choix affaiblirait son rôle d’opérateur éducatif et sa capacité à garantir un haut niveau de qualité pédagogique.

Ensuite, le développement du réseau reposerait davantage sur les établissements partenaires, avec un encadrement allégé. Cette croissance, insuffisamment régulée, fait peser un risque sur l’homogénéité du réseau et sur l’égalité d’accès à l’enseignement français.

Enfin, les évolutions envisagées en matière de ressources humaines favoriseraient des formes de détachement moins coûteuses, notamment le détachement direct sous contrat local. La généralisation de ce modèle accentuerait les disparités de conditions d’emploi et fragiliserait les collectifs de travail.

Un dialogue social en trompe-l’œil

Le déroulement du conseil d’administration du 18 décembre illustre les limites du dialogue social actuel. Malgré de nombreuses prises de position critiques, les décisions sont restées inchangées.

L’absence de large concertation préalable a été particulièrement marquante sur le dossier de la protection sociale complémentaire (PSC). Présentée comme un progrès social dan sla Fonction publique, sa mise en œuvre à l’Agence se traduit en réalité par une baisse de l’ISVL pour les personnels détachés D3. Cette méthode, sans passage préalable en comité social d’administration, alimente la défiance et expose l’Agence à des risques juridiques.

Informer a posteriori ne saurait remplacer un véritable dialogue social.

Les exigences de la CFDT Éducation monde

La CFDT Éducation monde refuse une réforme sans moyens, sans garanties et sans respect des personnels

Elle s’oppose fermement au transfert des charges de pensions civiles vers les établissements et les familles et exige une prise en charge pérenne par l’État. Elle dénonce également le financement de la protection sociale complémentaire par une baisse de l’ISVL, qui revient à faire supporter aux personnels la part employeur de leur propre protection sociale.

La CFDT défend un réseau public fort, piloté par l’AEFE, garant de la cohérence, de la solidarité et de la qualité du service rendu aux familles. Elle réaffirme son attachement au détachement sous contrat de droit public, pilier du modèle de l’enseignement français à l’étranger.

Elle demande enfin que l’engagement de l’État soit formalisé dans un véritable contrat d’objectifs, de performances et de moyens, soumis à un débat démocratique.

Réforme de l’AEFE : changer de méthode, changer de cap

Le dernier conseil d’administration 2025 marque un tournant. Les mesures adoptées visent à éviter une cessation de paiement à court terme, mais elles reposent sur un transfert massif de charges vers les établissements et les familles, avec une hausse significative des frais de scolarité.

La mission parlementaire confiée à la sénatrice Samantha Cazebonne, ainsi que la poursuite des travaux interministériels, montrent que les décisions prises restent fragiles.

Pour la CFDT Éducation monde, il est encore temps de changer de méthode et de cap. Cela suppose un véritable dialogue social, des garanties pour les personnels et, surtout, un engagement financier clair de l’État. La réforme de l’AEFE ne pourra réussir qu’en réaffirmant pleinement la mission de service public de l’enseignement français à l’étranger.


Lire le compte-rendu du conseil d’administration du 18 décembre 2025