Les rapports Cazebonne et des inspections générales entendent dessiner l'avenir de l'enseignement français à l'étranger. La situation administrative et financière des personnels détachés est clairement dans le viseur ainsi que le plafond d'emploi.
Les rapports de la sénatrice Cazebonne et des inspections générales dessinent l’avenir d’une réforme à l’AEFE que certaines et certains entendent mener à pas de charge. Derrière les discours de modernisation et de développement du réseau apparaît une réalité bien différente : réduction des moyens, fragilisation des personnels détachés et désengagement progressif de l’État. La CFDT Éducation monde refuse cette trajectoire.
Le vrai problème : le désengagement de l’État
Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs affichent de grandes ambitions pour l’enseignement français à l’étranger. Dans le même temps, ils refusent d’accorder à l’AEFE les moyens nécessaires à leur réalisation.
Les rapports récemment publiés confirment ce constat. Le problème principal du réseau n’est pas son organisation. Il réside dans l’insuffisance chronique du financement public.
Faute de moyens, l’opérateur AEFE se retrouve contraint de rechercher des économies partout où cela est possible. Et ce sont les personnels, les familles et les établissements qui sont appelés à payer la facture.
Pistes de réforme AEFE : une réduction assumée du coût des personnels
Malgré leurs différences, les rapports convergent vers une même logique : réduire la masse salariale à la charge de l’État.
Plusieurs pistes sont avancées :
- plafonnement du nombre de personnels détachés ;
- fin du renouvellement automatique des détachements, même pour les personnels résidents ;
- réduction de certaines rémunérations ;
- remise en cause de dispositifs familiaux ;
- affaiblissement du rôle des instances paritaires.
Présentées comme des mesures de gestion, ces propositions auraient des conséquences très concrètes pour les personnels. Elles augmenteraient l’incertitude professionnelle et réduiraient progressivement les garanties collectives construites au fil des années.
Le réseau historique dans le viseur de la réforme AEFE qui s’annonce
La décision prise par le conseil d’administration de décembre 2025 constitue un tournant.
Les familles des établissements en gestion directe devront désormais supporter le coût des cotisations patronales des personnels détachés.
Dans le même temps, les établissements partenaires demeurent pour l’instant exemptés de cette contribution.
Cette différence de traitement fragilise directement le réseau historique, pourtant garant de la qualité pédagogique, de la formation des personnels et de la cohérence du dispositif mondial.
Si l’objectif était d’en réduire l’attractivité, il serait difficile de procéder autrement.
Les établissements conventionnés sous pression
Les établissements conventionnés sont à leur tour concernés.
Les nouvelles conventions prévoient des charges financières supplémentaires dont les conséquences restent encore largement sous-estimées.
Les premiers retours du terrain montrent des inquiétudes importantes. Certaines situations pourraient rapidement devenir intenables.
Une question demeure sans réponse : quel avenir pour les personnels détachés dans les établissements qui refuseraient ou ne pourraient pas assumer ces nouvelles charges ?
Le détachement direct comme modèle de référence ?
C’est sans doute l’une des évolutions les plus dangereuses pour les personnels.
Les orientations qui se dessinent favorisent progressivement le détachement direct et le recrutement local.
Demain, des fonctionnaires pourraient être recrutés directement par les établissements au moyen de contrats de droit étranger, avec des garanties collectives souvent plus limitées et des situations beaucoup plus hétérogènes d’un pays à l’autre.
Parallèlement, plusieurs propositions évoquent un assouplissement des conditions d’homologation.
Pour la CFDT Éducation monde, cette évolution n’est pas neutre. Elle traduit une volonté de transformer progressivement un réseau de service public en un ensemble plus libéral, davantage soumis aux contraintes contractuelles et financières locales.
Faire payer les personnels pour financer leurs droits
L’exemple de la protection sociale complémentaire illustre parfaitement cette logique.
En mars dernier, l’Agence envisageait de financer cette mesure grâce à un prélèvement sur les ISVL.
Aujourd’hui, le financement serait assuré par une économie réalisée sur l’avantage familial et les majorations familiales réformés.
Autrement dit, ce sont les agentes et agents ayant des enfants à charge qui contribueraient au financement d’un dispositif relevant pourtant des obligations normales de l’employeur.
La CFDT Éducation monde refuse cette logique qui consiste à financer un droit nouveau par la réduction d’un autre droit.
Le réseau mérite mieux
L’enseignement français à l’étranger constitue l’un des plus beaux outils d’influence, de coopération et de service public dont dispose notre pays.
Son développement ne peut reposer sur une succession d’économies réalisées au détriment des personnels et des familles.
La CFDT Éducation monde continuera de défendre :
- un engagement financier renforcé de l’État ;
- le maintien des garanties statutaires des personnels ;
- la préservation du réseau historique et du conventionnement ;
- un financement intégral de la protection sociale complémentaire par l’employeur ;
- un développement du réseau fondé sur la qualité et non sur la baisse du coût du travail.
Le réseau mérite une ambition politique. Il mérite des moyens. Il ne mérite ni le désengagement budgétaire ni la casse sociale qui s’annonce.
Lire le compte-rendu du dernier conseil d’administration
