En déplacement en Suède, la CFDT Éducation monde a rencontré les personnels du Lycée français de Stockholm, établissement conventionné AEFE en Suède.
La CFDT a rencontré les personnels du Lycée français Saint-Louis de Stockholm, seul établissement conventionné AEFE en Suède. Entre inquiétudes face à la réforme de l’AEFE, conditions de travail contrastées et dialogue social sous tension, cette visite syndicale met en lumière des réalités de terrain exigeantes et des attentes fortes.
AEFE Suède – Une visite syndicale au cœur des réalités locales
Les différents temps d’échange ont permis aux personnels – enseignants, recrutés locaux et direction – de partager leurs préoccupations.
Le ton est direct, les interventions nombreuses. Les collègues parlent de leur quotidien, des contraintes locales et des incertitudes à venir avec la réforme AEFE. Le dialogue est ouvert dans l’établissement, mais les inquiétudes sont bien réelles.
Réforme AEFE : inquiétudes et flou persistant
Les personnels expriment une forte préoccupation face à la réforme annoncée de l’AEFE. Plusieurs missions sont en cours : sénatoriale, inspection, mission mandatée par le Premier ministre, mais aucune réponse concrète n’est apportée aux questions posées.
Les personnels résidents s’interrogent sur la pérennité de leur statut.
La CFDT dénonce un dialogue social insuffisant au plus haut niveau et exige une concertation réelle avec tous les acteurs et toutes les actrices du réseau
Position CFDT :
- refus d’une réforme précipitée
- exigence d’un cadre négocié
- soutien à un moratoire d’un an
Climat politique : une inquiétude exprimée
Les collègues évoquent également le contexte politique français, notamment la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Certains craignent des orientations défavorables au réseau.
La CFDT rappelle sa ligne :
aucun échange avec l’extrême droite et vigilance sur les politiques à venir pour l’enseignement français à l’étranger

AEFE Suède – Conditions de travail : une dualité source de tensions
Le point le plus marquant concerne la coexistence de deux cadres de travail au sein du même établissement.
Deux modèles, deux réalités pour les personnels enseignants.
Obligations règlementaires de service françaises :
- obligations règlementaires de service dans le premier degré et dans le second degré
- cadre statutaire connu
- missions définies
- évolutions salariales limitées à l’avancée de carrière du fait du gel de l’indice
Système suédois :
- temps de travail annualisé, dont une (petite) partie est gérée en autonomie par le personnel enseignant et une (plus grande) partie, à savoir 35h par semaine scolaire en moyenne sur l’année scolaire, est cadrée par le chef d’établissement, en termes de contenu (service) comme de calendrier
- volume d’enseignement variable (16 à 19h)
- toutes les missions : coordination, référent, remplacements… sont intégrées dans le service. Elles peuvent aussi limiter le face à face pédagogique, comme des décharges mais aucune ne peut faire l’objet de rémunération spécifique
Cette situation crée des incompréhensions voire des inégalités entre collègues.
Origine des transformations statutaires locales
L’existence dans l’établissement de deux cadres réglementaires si différents découle de la mise en œuvre de la réglementation suédoise concernant le droit du travail à la suite de tensions qui ont existé par le passé entre le personnel de droit local et la direction. Des enjeux juridiques aux impacts financiers potentiellement important ont dû être pris en compte dans cette mise en œuvre.
Salaires et négociation : un changement de culture
En Suède, il n’existe pas de grille salariale collective.
Chaque rémunération se négocie individuellement. Et un exercice annuel de cartographie des salaires, visant à assurer notamment l’équité salariale entre les hommes et les femmes, doit être conduit.
Pour les personnels venus de France, cette pratique est déstabilisante.
Elle est vécue comme générant aussi des écarts importants entre collègues à fonctions équivalentes.
AEFE Suède, la CFDT alerte :
l’accompagnement à la négociation et l’acculturation rapide à un environnement culturel spécifique deviennent indispensables très rapidement.
Logement : un obstacle majeur à l’installation
Le marché locatif est très tendu.
Les personnels recrutés localement rencontrent de grandes difficultés :
- peu de logements disponibles
- recours fréquent à la sous-location
- instabilité résidentielle
Beaucoup finissent par acheter, faute d’alternative.
Un établissement sous pression budgétaire
Le lycée doit faire face à un projet de son bailleur d’effectuer des travaux de rénovation majeurs :
- rénovation complète d’un bâtiment classé
- coût estimé très important
- déménagement temporaire sur deux ans au moins, voire déménagement pérenne, sans localisation identifiée actuellement
À cela s’ajoutent :
- une légère érosion des effectifs sur cinq ans (720 → 690 élèves)
- la nouvelle contribution demandée à l’établissement par l’AEFE représentant 500 000 € par an de refacturations supplémentaires
- une rationalisation des structures pédagogiques avec notamment des fermetures de classe en CE2 et 1ère
- des ajustements à la structure RH sans licenciements et basée sur des départs non remplacés ou des contrats temporaires non renouvelés
Dialogue social : des adaptations nécessaires
Le dialogue social existe, sous une forme adaptée au droit suédois :
- commission de dialogue social
- impossibilité d’aborder les situations individuelles
Un cadre qui limite les marges d’action mais permet un échange structuré.
Perspectives : un modèle en question
Les discussions avec les collègues inquiets portent sur :
- l’avenir du conventionnement
- les détachements directs
- la représentativité syndicale
Mais l’établissement dispose d’une spécificité de poids : la Suède finance la scolarité des élèves.
Conclusion : agir pour sécuriser et protéger
Cette visite confirme une réalité :
le réseau à l’étranger est sous tension.
La CFDT Éducation monde revendique
- un moratoire immédiat sur la réforme AEFE
- un véritable dialogue social international
- une reconnaissance des spécificités locales
- un accompagnement renforcé des personnels
- plus d’équité entre statuts
Le terrain parle.
Il est temps de l’écouter.