Visite du Lycée Jean d’Alembert, Viña del Mar, Chili

La CFDT Éducation Monde s’est rendue au Chili pour rencontrer sur place les collègues du Lycée Jean d'Alembert, réseau AEFE, à Viña del Mar.

Viña del Mar – de nombreuses tensions internes

Notre visite a mis en lumière la situation particulièrement complexe vécue par nos collègues du lycée Jean d’Alembert. Derrière les murs d’un établissement à l’architecture simple mais agréable, les tensions sont nombreuses. En effet, le personnel navigue entre les difficultés de gouvernance du comité de gestion local opaque, la précarité économique et un climat pédagogique sous pression.

Le premier point d’alerte concerne directement les conditions de vie de nos collègues. Plusieurs d’entre eux, notamment des résidents, font face à une précarité économique inattendue. Venus avec la perspective d’une vie de famille stable, ils se retrouvent dans l’impossibilité d’obtenir un permis de travail pour leur conjoint. Dans un pays au coût de la vie très élevé, leur seul salaire s’avère insuffisant. Ce qui génère une anxiété financière considérable.

À cette précarité économique s’ajoute une pression psychologique constante. Le système de la « denuncia », encouragé par les autorités locales, permet à quiconque, parent ou collègue, de déposer une plainte formelle contre un enseignant ou la direction. Or les  motifs sont parfois futiles : ne pas dire bonjour ou donner une mauvaise note à un élève. Cette véritable épée de Damoclès fragilise l’autorité professorale et instaure un climat de méfiance généralisée puisque chaque acte pédagogique peut être remis en question.

AEFE – une homologation en sursis ?

La situation de l’établissement est le symptôme de problèmes de gouvernance plus profonds. L’homologation a été récemment renouvelée. Mais pour deux ans seulement au lieu des cinq escomptés. Ce signal d’alarme confirme les dysfonctionnements structurels. Le comité de gestion est au cœur des préoccupations avec des décisions passées qui interrogent. Ainsi de la construction d’un étage entier rendu inutilisable faute de respecter les normes d’accessibilité. Cette gestion opaque, pèse sur l’équilibre financier fragile du lycée. D’autant que les frais de scolarité sont gelés depuis huit ans.

Sur le plan pédagogique, nos collègues font face à un fossé culturel. La défiance envers une pédagogie jugée « à la française » et une conception locale de l’éducation créent une fracture au sein même de la communauté scolaire. Pour beaucoup d’enseignants, le sens de leur mission s’érode lorsque le projet d’excellence du système français se trouve relégué au second plan. De fait, de nombreux parents préférent orienter leurs enfants vers le diplôme local plutôt que vers le baccalauréat.

Face à ce tableau préoccupant, notre syndicat tient à exprimer sa pleine et entière solidarité avec tous les personnels du lycée. La situation illustre la nécessité d’une vigilance accrue sur les conditions d’exercice et la gouvernance dans les établissements du réseau. Nous suivrons ce dossier avec la plus grande attention et nous apportons tout notre soutien à nos collègues. Il importe que leur voix soit entendue et que des solutions pérennes soient trouvées afin de garantir un environnement de travail serein et respectueux de leur engagement professionnel.


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